Les 5 enjeux majeurs pour la santé en 2017

  • Simplifier l’accès aux soins des Français pour que chacun bénéficie de l’excellence médicale et thérapeutique au bon moment, au bon endroit.

  • Faire mieux avec autant en améliorant la qualité de la prise en charge, en tenant compte de l’environnement des individus.

  • S’appuyer sur les nouvelles technologies et la santé numérique, favoriser les idées neuves.

  • Eviter ou retarder l’arrivée de la maladie en impliquant plus les citoyens dans leur parcours de santé.

  • Soutenir la recherche et la médecine du futur pour faire de la santé un secteur économique envié.


Simplifier l’accès aux soins

La baisse de la démographie médicale impose une nouvelle organisation des soins primaires pour maintenir un accès aux soins de qualité. Encore faut-il faire confiance aux professionnels de terrain.

Pour une majorité de Français, la qualité du système de soins reste un atout, mais près de 90 % d’entre eux sont préoccupés par le nombre de médecins, par les délais d’obtention de rendez-vous avec un médecin spécialiste et pour réaliser un examen.

L’accès aux soins est devenu une préoccupation majeure pour nos concitoyens. C’est aussi une réalité à laquelle font face, depuis quelques temps déjà, les acteurs de terrain. « En Normandie, le modèle que nous connaissions s’est écroulé il y a quelques années. Pour nous en sortir, nous avons créé les pôles de santé et regroupé les professionnels d’un territoire donné : 15 à 60 professionnels prennent en charge une population. C’est une véritable révolution culturelle pour les professionnels », explique Antoine Leveneur, médecin généraliste, président de l’union régionale des médecins libéraux de Basse-Normandie. Le temps du médecin, seul dans son cabinet est bel est bien révolu. Au niveau des soins primaires, l’avenir de l’accès aux soins passe par un mode d’exercice regroupé « Mais ce regroupement n’est pas obligatoirement physique. », rappelle Pascal Chauvet, infirmier, vice-président de la Fédération française des maisons et pôles de santé. Cette nouvelle coordination des soins, implique un partage de compétences entre professionnels « qui fonctionne très bien lorsqu’il est organisé », souligne Pascal Gendry, médecin généraliste de la Fédération française des maisons et pôles de Santé.

Par ailleurs cette nouvelle organisation nécessite une réforme des modes de rémunération qui tarde à se mettre en place. « En Mayenne, la moitié des professionnels de santé sont en exercice regroupé. Cela change la donne : travailler en équipe impose une structuration, des protocoles, une démarche qualité. Tout un travail de coordination pour lequel, le paiement à l’acte n’est pas adapté ». Et si de nouveaux modes de rémunérations ont été expérimentés, les expériences sont arrivées à échéance. Elles ont été remplacées par un règlement arbitral qui a l’avantage de concerner plus d’équipes mais qui reste insuffisant. De plus, la législation doit encore évoluer sur certains points pour faire disparaître certaines aberrations. Par exemple, en cas de télé-expertise autour d’un patient, le médecin hospitalier est rémunéré mais pas le médecin libéral qui la demande.

« Aujourd’hui les médecins libéraux sont découragés. Ils s’engagent, sont initiateurs et le système est bloqué. Faites-nous confiance », insiste le docteur Leveneur. Pour réussir à passer cette phase transitoire vers une nouvelle organisation des soins avec succès, un véritable accompagnement des acteurs de la part des pouvoirs publics apparaît aujourd’hui nécessaire. C’est également vrai pour une autre évolution de l’organisation des soins : l’essor de la chirurgie ambulatoire à l’hôpital : « Nous sommes à l’heure actuelle, entre deux eaux. Les patients opérés dans la journée quittent l’hôpital le soir et doivent être pris en charge par les libéraux. Et ces derniers ne sont pas encore suffisamment bien coordonnés et organisés pour assurer parfaitement la relève», souligne le docteur Gérald Kiezek, médecin urgentiste à l’Hôtel-Dieu à Paris. Résultat : certains patients opérés se retrouvent le soir même aux urgences ! Or, pour négocier ce virage ambulatoire avec succès, il manque toujours un maillon essentiel qui doit être fourni par les pouvoirs publics : le dossier médical partagé.

Faire mieux avec autant

Rendre le système de santé et notamment l’hôpital plus efficient est l’un des enjeux majeur pour les années à venir.

Aujourd’hui, pour la majorité des Français, il s’agit de faire mieux avec autant de ressources. Comment y parvenir ? Les Français pointent du doigt certains dysfonctionnements comme le manque de communication entre la ville et l’hôpital ou entre certains établissements de santé.

« Au XXIe siècle nous avons du mal à comprendre pourquoi l’information met parfois plusieurs semaines après la sortie de l’hôpital à arriver au médecin généraliste », reconnaît le professeur Jean-Louis Touraine, vice-président de la Fédération hospitalière de France.

S’attaquer à ces manques de coordination permettrait pourtant de dégager de confortables marges de manœuvre. « Aux États-Unis, des études ont montré que les gaspillages représentaient 30 % des dépenses, dont la moitié étaient liées au manque de coordination. En clair 15 % des dépenses de santé pourraient être économisées », affirme Etienne Minvielle, directeur qualité à Gustave Roussy. Pour le spécialiste, le taux en France est sans doute un peu moins élevé. « Mais sur les 81 milliards de dépenses engendrées par les maladies chroniques, nous pourrions sans problème aller chercher 4 à 5 milliards », estime-t-il. L’hôpital doit donc encore gagner en efficience. Il est petit à petit poussé par des acteurs extérieurs. « Nous aidons nos adhérents à mieux s’orienter. Nos classements sur les données PMSI leur permettent d’identifier les établissements en fonction de leur efficience », explique Jean-François Tripodi, directeur général de Carte Blanche partenaires. Mais pour véritablement progresser, il faut revoir un mode de rémunération actuel que tous reconnaissent complètement inadapté aux enjeux actuels. « La tarification à l’activité n’est plus adaptée dans un univers dominé par les pathologies chroniques », estime le professeur Jean-Louis Touraine.

E-santé et accompagnement

Encore balbutiante, la santé connectée ouvre de nombreuses pistes. Chacun doit y trouver son intérêt.

Encore peu de Français utilisent des applications e-santé, mais près d’1 sur 2 se dit prêt à le faire sans problème. « Pourtant aujourd’hui ce que nous voyons est peu enthousiasmant. Sur les 110 applications pour le suivi de la tension recensées par une revue médicale américaine, seules 3% avaient été créées par des professionnels de santé et aucune d’entre elles n’était validée », affirme le docteur Nicolas Pos­tel-Vinay, médecin à l’Hôpital européen Georges Pompidou et directeur du site automesure.com

L’approche prudente, très « Evidence Based Medecine » des professionnels de la santé est loin d’être partagée par tous. « Aujourd’hui 18 % des Français surveillent leurs données de santé. Pour une technologie qui n’a que trois ans c’est énorme. Les professionnels doivent accepter d’avoir perdu la main », insiste Guillaume Buffet, vice-président du think-thank Renais­sance numérique. Pour les usagers et les représentants des patients, la révolution numérique bouleverse la structure pyramidale traditionnelle : des professionnels de santé « sachants » qui diffusent leur savoir vers la base. Il n’y aura pas d’innovation possible sans bouleverser cette hiérarchie, prophétise Guillaume Buffet. « Or pour le moment, il n’existe pas de co-construction des solutions. L’attitude des médecins par rapport à l’empowerment des patients reste encore très partagée », estime Yvanie Caillé, présidente de l’association Renaloo. L’irruption récente du numérique dans notre univers et dans celui de la santé en particulier pose de façon aigué une question : comment faire travailler ensemble les usagers qui émettent les données et les experts qui vont les interpréter ? Comme l’illustre Uwe Diegel, président-directeur général d’Ihealth Labs « les données de santé sont l’huile de demain. Brutes, elles ne servent à rien. Elles doivent être transformées en produits utiles pour la santé de chacun ».

« Dans les périodes de précarité, de déstabilisation, de mutation comme nous en vivons aujourd’hui, la santé devient une priorité, une valeur cardinale », a rappelé Cynthia Fleury, philosophe et membre du Comité consultatif national d’éthique, lors de ce dernier débat. C’est pourquoi près de 85 % des Français espèrent que les questions de santé occuperont une place importante lors du débat pour la présidentielle. Même s’ils estiment le manque de courage collectif : celui des politiques et le leur bloque la possibilité de réforme. Mais que veut dire exactement avoir du courage ? « Le courage est une question d’équilibre entre la peur et la témérité. Collectivement, être courageux ce n’est pas forcément tout réformer », affirme François-Xavier Bellamy, philosophe. De plus, rappelle-t-il, pour avoir du courage, il faut une alternative, un choix à faire. Si vous êtes sur un bateau dans la tempête et que vous gardez le cap, ce n’est pas être courageux mais être maître de soi. « Le courage n’est pas le goût du risque mais le sens du risque. Le courage est le premier outil de protection du sujet », précise Cynthia Fleury. Sans oublier rappelle-t-elle que la plupart du temps les innovations se révèlent être des illusions d’innovation « faites pour que rien ne change ». Or aujourd’hui le soin est une fonction de partage. Et reste à inventer le comment.